COLLECTIVITES TERRITORIALES ET AMENAGEMENT DU TERRITOIRE
Par Isabelle Chesa, vendredi 7 octobre 2011 à 21:39 :: Blog actualités :: #647 :: rss
Ce billet est le dernier article d'une série de 4 débutée mi Août;
Il pose le problème de l'utilisation de l'argent public au sein des collectivités territoriales;
Le monde est a un tournant, et notre société ,nos institutions, insouciantes et dépensières, doivent désormais se poser la question de l'avenir qu'elles préparent à nos enfants , en devenant enfin responsables et pragmatiques;
J'avoue mon inquiétude sur le niveau de prise en compte de ces responsabilités, quand dans le cadre de la future Campagne pour l'élection du Président de la République, j'écoute les débats des uns, ou je n'entends que le silence des autres.
Seul à ce jour une voix s'est élevée et à élevé le débat, c'est celle d'Alain JUPPE qui a eu l'immense mérite devant un parterre de journalistes partisans de dire qu'il faudrait se serrer la ceinture et faire des sacrifices pour se sortir de l'embarras dans lequel nous ont plongé, les atternoiements des uns , la démagogie des autres, bref l'electoralisme exacerbé dans lequel sont tombés tant de politiques à tout niveau de responsabilité.
Dans les prochains billets je compte intervenir sur des préocupations liées à la politique locale, en attendant je vous remercie vivement pour l'intéret que vous portez à mon site qui entamera début 2012 sa sixième années d'existence.
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Collectivités territoriales : « Déménageurs du territoire »
Les lois successives sur la décentralisation ont confiés aux collectivités territoriales la compétence du développement économique ;
En décentralisant ces compétences la loi a aussi donné à ces mêmes collectivités le privilège de lever l’impôt (Foncier, taxe professionnelle en cours de remplacement , taxe sur les enseignes etc.).
Pendant longtemps ces missions de développement économique et d’aménagement du territoire étaient les domaines réservés de l’Etat par la délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR), et des compagnies consulaires (chambres de commerce et d’industries, chambres d’agricultures et chambres de métiers.)
Cet exode des compétences a véritablement débuté à partir de 1981 avec la venue au pouvoir du dogme socialiste qui a considéré que les élus et leurs territoires devaient prendre en main leur propre destinée ;
"Exit" les consulaires considérés, parfois avec juste raison, comme des freins au développement des entreprises et à la création de nouvelles activités, et à qui on prêtait une vision un peu trop corporatiste et protectionniste de ce développement.
"Bonjour" la création de potentats locaux, le fleurissement de structures intermédiaires dévoreuses de crédits et de subventions, de sivom, de sictom, de pays, d’intercommunalités parfois disparates et souvent inutiles, dont l’objectif louable recherché à la base était la mise en commun et la mutualisation de moyen, et donc la réalisation d’économies d’échelles pour le plus grand bénéfice de la collectivité et le bien être des contribuables.
Les choses ne sont pas passées exactement comme cela, bien au contraire ; chaque élu ou presque est devenu président ou vice président d’une structure territoriale et l’économie espérée s’est transformée en dépenses nouvelles dans des équipements inutiles et du fonctionnement superflu ;
Il me semble qu’il aurait été intelligent de trouver un juste milieu dans cette démarche entre des consulaires qui disposaient des compétences et des outils pour travailler en étroite collaboration avec des élus à qui on donnait désormais le pouvoir de décision et les moyens financiers;
Au lieu de cela, chacun de son coté a voulu jouer à l’aménageur, se disputant le monopole du développement, s’arrogeant ainsi les mérites des créations d’emploi ;
A partir de ce jour, la moindre petite commune a souhaité créer sa zone industrielle puisque c’est sous cette appellation, qu’à l’origine, nos collectivités et nos élus se sont embarqués en parfaite autonomie, et en parfaite méconnaissance, dans le processus du développement économique.
Les premières ZI crées en zone rurale comme en zone urbaine ont en premier lieu permis des transferts d’activités. En effet des entreprises ayant des ateliers ou des dépôts en centre de village ou de ville se sont transférées pour mieux respirer, et pour soulager de quelques nuisances ou pollutions les habitants qu’elles côtoyaient.
Les grandes « bénéficiaires » et utilisatrices des zones industrielles, ont été sans conteste les enseignes de la grande distribution qui ont pris leur essor dans les années 70-80 à la faveur des immenses surfaces mises à leurs dispositions par les collectivités à grand renfort de dépenses d’achat de terrain, d’aménagement et de voirie ; mais à l’époque « chez ces gens là on ne comptait pas monsieur on ne comptait pas ».
On a dépensé l’argent de la collectivité pour en retirer plus d’inconvénients que d’avantages, car une fois ces zones crées, il fallait les rendre accessibles, (création de rocades, de ronds-points) , développer les transports en commun, maintenir les voiries, assurer les dessertes d’eau, de téléphone, d’électricité, réaliser les éclairages publics etc. etc.… et les entretenir.
On ne mesure qu’aujourd’hui la perversité de ce processus ainsi entamé qui a entraîné sous l’effet « attractif » de ces installations moultes commerces et enseignes à se regrouper autour des super marchés, pour bénéficier de l’afflux de clientèle ;
Pourquoi parler d’effet « pervers » simplement parce qu’à ce jour les centres villes perdent leurs attractivités, qu’ils se désertifient, et que les mêmes élus qui ont favorisés et dépensés l’argent public pour aménager les ZI se lamentent devant la fermeture des commerces et l’abandon des centres villes, et essaient d’entamer des politiques d’animations à grand renfort d’animateurs de « manager de centre ville » dont on nous vente les mérites, et de …fonds publics ; Soulignons pour être honnête que sur Carcassonne l’initiative manager est une action conjointe CCI et Ville, ce qui est une bonne chose mais remarquons aussi que depuis leur mise en place on en a consommé quelques uns, sans en mesurer pour autant leur réelle efficacité.
J’ouvre une parenthèse pour préciser qu’on ne parle plus de ZI (zone industrielle) mais de ZAC (zone d’activité commerciale) de ZA (zone artisanale). Car des industries, véritables vecteurs de développement, créatrices de valeur ajoutée et de richesses et également créatrices d’emplois, il n’y en a quasiment point eu dans nos contrées.
Les seuls emplois créés ont été ceux engendrés par la grande distribution ; je devrais en réalité parler de « sous emplois » tellement les conditions de travail dans les grandes enseignes sont difficiles et tellement déshumanisées ;
Pour le reste ce furent des transferts d’activités et donc des transferts d’emploi ;
Le gain net, le plus pour l’économie locale et pour l’emploi me paraît très limité en comparaison avec les sommes dépensées ;
Pour illustrer ce propos prenons quelques exemples :
- sur la création d’activités industrielles à forte valeur ajoutée et créatrices d’emploi net :
UCCOAR- PILPA-CENTRE DE TRI POSTAL
- Le reste des zones est occupé par des activités de services décentralisées, par des grandes surfaces, des grandes enseignes commerciales franchisées, et par quelques commerçants du centre ville qui sont allés retrouver une clientèle qui a migré en zone;
Les causes de cette migration est souvent liée à des problèmes de circulation en ville et à des problèmes de stationnement.
- Le nombre de zones est impressionnant à Carcassonne
La bourriette, Saint Jean De l’Arnouze, Pont rouge, Cite II, La Ferraudiere I et II, Salvaza, Prat Mary, ZI Allibert;ZI de Félines Lannolier I II ;
- Zones en instances de réalisations ;
ZA de Moreau, et a proximité sur la commune de Trebes ZA de Berragne
- La gestion des ces zones est confiée à Carcassonne AGGLO la communauté d’agglomération de Carcassonne.
Il faut bien noter que dans cette prolifération d’espace commercial, nos voisins de Narbonne et de Castelnaudary ne sont pas en reste, et que dans quelques semaines s’ouvrira à Nailloux le village des marques;
La question posée est simple
Y AURA T-IL DU TRAVAIL ET DES CONSOMMATEURS POUR TOUT LE MONDE ?
Quelle sera la pérennité des entreprises qui s’installent en zone, es-ce qu’elles ne s’endettent pas excessivement ? N ‘aboutira-t-on pas à une nouvelle crise touchant cette fois ci commerces et services ?
Pourquoi ces inquiétudes, pour la simple et bonne raison que la multiplication des mêmes enseignes dans les différentes zones n’est pas le fait d’une augmentation potentielle du marché et des consommateurs ; au contraire les « boutiques » partagent un marché dont les parts du gâteau s’amenuisent au fur et à mesure que le nombre de commerces de même nature augmente ;
Il faut savoir en plus que le coût des loyers et des charges dans ces nouvelles zones dont l’aménagement immobilier est parfois confié à des promoteurs privés, est prohibitif : droit d’entrée plus loyer plus charges plus impôt foncier répercuté dans le loyer ; l'addition est sallée, et simplement pour couvrir ces charges le Chiffre d'affaire se doit d'être consequent.
Ou est la cohérence dans tout ce processus, les collectivités locales s’endettent fortement, pour financer ces aménagements elles augmentent leurs ressources donc les impôts, elles se créent de nouvelles chargent de fonctionnement (charge d’entretien et de personnel) ;
On pratique le développement à la japonaise comme disait à l’époque à la fac mon prof d’économie ; « Il faut pédaler, pédaler sans cesse pour ne pas tomber » Mais jusqu'à quand ;
Déjà on voit apparaître des friches industrielles, ou on en prépare d’autres consciencieusement mais inconsciemment, parfois des zone sont mort-nées (opération de la région sur Castelnaudary)
A Carcassonne, l’incendie il y a quelques années d’un supermarché à condamné la zone sur laquelle il était installé ; récemment un grand magasin de meuble s’est déménagé dans une autre zone pour augmenter sa surface en laissant un immense bâtiment qu’il faudra réemployer; a quelques dizaines de mètres une concession automobile a fait la même opération ; il se prépare aujourd’hui la création d’un "pôle automobile" qui devrait regrouper un maximum de marques sur un seul site, qu’adviendra-t-il alors des bâtiments des concessions autos qui vont se déménager et des commerces alentours qui par effet de synergie bénéficiaient des apports de clientèle.
Nos élus locaux portent aujourd’hui une grande part de responsabilité dans le processus de développement et dans l’avenir de nos territoires ;
En ce début de XXI siècle il faut compter et plus que jamais se poser la question de la pertinence et de la pérennité de l’argent dépensé ;
Il faut perdre définitivement de vue "d'utiliser l’aménagement du territoire comme instrument pour se faire mousser, ou d'utiliser ses structures comme moyen d’assurer sa réélection ;
Quoiqu’-il en soit chaque euro dépensé par la collectivité doit l’être en pleine conscience des futurs enjeux ; les élus seront encore plus responsables et comptables de l’emploi des deniers publics
La France n’a plus besoin d’être déménagée, la France a besoin d’être réindustrialisée, la France a besoin de créer de la richesse, de la valeur ajoutée, d’autres pays comme l’Allemagne et l’Italie ont maintenu leur potentiel industriel, pourquoi n’y arriverait-on pas.
En regardant le tableau ci dessous on comprend mieux la fragilité de notre contexte économique local ;
Répartition de l'emploi
Secteur d'activité:......tertiaire...........industrie.......bâtiment..........agriculture
Carcassonne..............84,97%.............7,66 %.........5,52 %............1,85 %
Moyenne nationale......71,5 %...........18,3 %...........6,1 %..............4,1 %
La situation à ce jour est suffisamment préoccupante pour que soit posé le problème et qu’ l’on y réfléchisse sérieusement ; Je n’oublie pas ma part de responsabilité dans la mesure où j’ai occupé des fonctions d’élus avec des responsabilités dans le cadre du service de l’urbanisme, même si à l’époque je m’étais inquiétée et avais posé le problème.
Si un jour je me présentais à nouveau aux suffrages des Carcassonnais ce serait une priorité absolue dans les préoccupations de gestion de notre ville.


ZI de MOREAU C'est beau un dessin d'aménageur, mais que va-t-on y mettre dedans ? et après Berragne
Commentaires
1. Le samedi 8 octobre 2011 à 10:09, par Anti-Zac
2. Le samedi 8 octobre 2011 à 15:29, par Saoua
3. Le dimanche 9 octobre 2011 à 17:08, par royale