INTERVENTION DU PRESIDENT FABRE A LA TRIBUNE DE SON ASSEMBLEE GENERALE
Par Isabelle Chesa, jeudi 17 février 2011 à 11:41 :: Blog actualités :: #590 :: rss
En image la tribune officielle de l'AG des vignerons indépendants de l'Aude.
En cliquant sur "lire la suite" vous trouverez l'intégralité de l'intervention de Jean Marie FABRE, président des Vignerons Indépendants de l'Aude
Madame Le Préfet Monsieur Le Sénateur et Président du Conseil Général Monsieur le Député Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités Chers amis vigneronnes et vignerons.
C’est une habitude dans notre Fédération que de guider les professionnels que vous êtes sur la voie de l’optimisme, du combat et donc du courage !
Durant ces dernières années, le Comité Directeur, le Directeur et moi-même n’avons eu de cesse de définir les priorités afin de vous accompagner dans cette mutation profonde des échanges mondiaux, à laquelle n’a évidement pas échappé notre filière !!
Je vous l’accorde, nous aurions pu sombrer dans la facilité, on aurait pu faire plus fataliste, invoquant l’évolution de la société, des mentalités, de la jeunesse ou que sais-je encore ! On aurait pu faire plus « démago » en criant aux loups, aux gendarmes, en incriminant ces nouveaux pays producteurs qui, sans aucun respect, nous dament le pion sur bon nombre de marchés et ce, sans aucun remords.
Mais au sein de cette fédération, la volonté des femmes et des hommes qui m’entourent, la volonté de cette nouvelle génération de Vignerons Audois, bien que respectueuse et fière de son héritage, n’en est pas moins ambitieuse pour son avenir !
Alors, évidemment, je vais saluer presque savourer cette période plus facile, plus propice, cette période où le marché tend à inverser sa spirale négative.
Nous le constatons tous, il y a une reprise des cours et ce sur la quasi-totalité des segments de production. Cette reprise laisse la possibilité à nos entreprises de souffler un peu, et - qui sait ? - de reconstituer peut être une partie de leur fond de roulement !
Après une période très douloureuse, vivre ces moments est une chose appréciable, mais le courage politique qui est le nôtre doit rapidement laisser place à l’analyse et à l’anticipation.
Nous nous trouvons là dans une situation conjoncturelle très favorable, qui est la résultante de plusieurs facteurs, la baisse sur 2 ou 3 ans de la production (mondiale, nationale et régionale) conjuguée à un maintien, voire une croissance de la consommation mondiale….. C’est de cette situation dont nous bénéficions tous par voie de conséquence aujourd’hui !
Il est donc capital d’en prendre conscience, afin que nul ne pense que les difficultés récentes soient totalement et définitivement derrière nous !
J’encourage donc chacune et chacun d’entre vous à rapidement travailler à la consolidation et au développement de leurs parts de marché.
Profitons de ce temps pour rebâtir de nouveaux partenariats ; j’invite enfin tous les opérateurs économiques, et ceux de cette région en particulier, à prendre la mesure de la responsabilité qui est la leur dans la mise en œuvre de partenariats forts, durables et enfin valorisants !! Je leur dit aussi de saisir cette opportunité conjoncturelle, elle doit vous permettre d’orienter vos marchés et leur rémunération afin de mener la viticulture régionale vers le succès qu’elle mérite !!!!
Quant à nous, responsables professionnels, rien n’est acquis. Il nous faudra ensemble relever rapidement les enjeux qui se profilent déjà à l’horizon 2013 !! Et ce, si possible en évitant de re-commettre les erreurs passées.
Je vais donc clairement énoncer nos choix sur les grands débats qui vont orienter notre filière, nos entreprises et leur économie durant les 10 prochaines années.
Un des sujets les plus brûlants et qui occupe l’ensemble des organisations professionnelles dont, vous l’avez entendu, la nôtre est l’avenir de la politique agricole commune.
Tu viens de l’affirmer, Michel, et j’y insiste à mon tour : La filière viticole ne doit pas être absente de la table des réflexions et des propositions, elle doit impérativement être intégrée à l’évolution et aux choix stratégiques pour l’avenir à terme de ses zones viticoles et rurales !
Au sein de notre Fédération, nous travaillons depuis plus d’un an déjà sur ce dossier lourd, mais ô combien capital !
A la question : Quel schéma souhaitez-vous pour votre filière et vos entreprises ? Nous avons porté ici, l’an passé, certaines affirmations.
Je vais donc les réitérer et les compléter !
Notre production, sa mise en œuvre, se caractérise par un schéma agricole spécifique qui doit, de fait entraîner une prise en compte de celui-ci dans les choix structurants à mettre en œuvre !
Nous souhaitons donc voir naître une P.A.C forte, juste et organisée autour de 2 piliers !
Un premier pilier : répondant pour notre filière à des choix d’accompagnements spécifiques, à des leviers structurants et dynamisants, qui serait l’outil permettant à notre production atypique d’être en capacité de s’adapter aux modifications et non de les subir !
Ces mesures doivent être le socle permettant l’obtention des soutiens complémentaires de second niveau en lien avec la reconnaissance des biens publics environnementaux, ainsi qu’à un soutien de troisième niveau lié aux contraintes naturelles spécifiques.
Ces leviers peuvent être issus des mesures actuelles de l’OCM et complétés par de nouvelles mesures innovantes.
Un second pilier : Celui du développement rural qui doit être le moteur du maintien, mais aussi du développement de nos entreprises sur leur territoire. Et oui ! Nos entreprises sont ancrées sur leur territoire sans possibilité ni volonté de délocaliser ; elles contribuent donc pleinement au maintien d’une production « peuplante », garante d’un aménagement territorial harmonieux et équilibré. Ce 2nd pilier doit permettre aux collectivités (région, département) qui auront compétences sur l’orientation et l’utilisation de ces fonds par cofinancement, d’intégrer nos entreprises au sein de leur politique territoriale, cela en relevant les défis des attentes sociétales et environnementales !
Dans cette configuration, la séparation en deux piliers devrait apporter plus de clarté, chacun étant complémentaire de l’autre, sans chevauchement ni perte d’efficacité.
Pour moi, vous le voyez, il me semble important d’avoir une politique communautaire solide, capable de réussir le pari de la croissance et du développement de manière intelligente et durable !
Pour cela notre filière doit pouvoir utiliser des leviers spécifiques, adaptés et pertinents. C’est un des enjeux de la réforme, que doit amener une PAC modulable, forte mais surtout simple et compréhensible ; c’est à ce prix qu’elle pourra atteindre pleinement ces objectifs !!!
Notre travail, depuis plus de 6 mois, a été de confronter notre vision avec celle d’autres états membres. Pour cela nous avons échangé avec bon nombre d’élus français, communautaires, cela nous a amené, Jean-Luc et moi, à Rome, Bruxelles ou Strasbourg ! Aujourd’hui nous sommes convaincus que de telles orientations ont trouvé un écho très large !
Une des bonnes surprises des derniers mois de 2010 fut la parution de la communication de la Commission sur le sujet. Certes, la stratégie étant alors de faire réagir et se positionner chaque état membres ! Mais on a tout de suite mesuré la différence d’approche entre la Commission de Madame Fischer Boel et celle du Commissaire Dacian Ciolos !
Outre l’aspect moins ultra libéral, on perçoit là une approche communautaire plus en phase avec nos objectifs !
Je salue ici l’accent mis par la Commission au soutien des « Actifs » et des professionnels de l’économie agricole et je félicite son courage à affirmer : « Qu’il est capital de tirer le meilleur parti de la diversité des structures de production et de commercialisation capables de jouer un rôle socio-économique structurant ! »
Je suis donc optimiste sur l’avenir et la prise en compte des Vignerons Indépendants au sein des politiques européennes et, par voie de conséquence, des politiques territoriales !
Pour clore sur ce très gros sujet mais au combien capital, j’affirme que la réussite de toutes ces politiques ne peut être envisagée si la commission ne revient pas sur sa position d’abandonner les droits de plantations !!!
Imaginons l’impact social, économique, environnemental de cette mesure : En effet les risques de délocalisation des vignobles, la modification des structures de production créatrices d’emplois, la destruction de la politique de valorisation territoriale et, à terme, la fin de la politique de qualité.
Le maintien de ceux-ci pour l’ensemble de la production européenne est donc un préalable incontournable pour notre filière !!
Après Madame Merkel en 2010, nous avons accueilli très favorablement la prise de position récente du Président français sur le sujet et j’espère que le couple « franco-allemand » saura rapidement faire des « petits » sur cette question !
Jean-Luc a précédemment « décortiqué » notre Fédération, afin d’en démontrer son adaptation permanente à votre service.
Un des points évoqués est l’aménagement du Palais du vin en un lieu de cohérence territoriale et de mise en valeur de vos entreprises. Sur ce point, et après l’intervention du Président Rainaud, je souligne le rôle de partenaire que joue le Conseil Général sur ce dossier. Il a fallu du temps, certes, pour se comprendre, mais c’est dans un même objectif que nous portons cette démarche !
Je salue donc, la prise en compte d’acteurs professionnels doublement impliqués, construisant de l’image et des services sur leur périmètre.
J’encourage donc ceux qui auront en charge l’avenir de la politique économique départementale, à prendre en compte nos entreprises et je les pousse à aller encore plus loin, quitte à faire voler en éclats les vérités absolues d’hier.
D’autres sujets sont d’actualité Je vais essayer de les aborder successivement.
Les chambres consulaires ;
L’interprofession ;
La LGV ;
Côté CCI : Je tiens à féliciter Bernard Ballester et Jean Caizergues pour leurs récentes réélections, mais surtout, pour le travail engagé avec eux depuis presque deux ans et qui est un véritable moteur pour le Palais du vin !
Sur ces deux chambres - et qui sait ? Demain au sein du CLIDA - j’appelle de mes vœux la mise en place d’une vraie filière économique dédiée, avec un référent et les moyens appropriés !! Je sais qu’ils le partagent et qu’avec eux nous mènerons à bien cette tâche !
Coté chambre d’agriculture : Je te remercie Serge de tes encouragements et de la clarté de ta question !
Juste te dire que nous avons encore un peu de temps et qu’il ne faut pas être trop pressés, ni vouloir céder aux sirènes qui nous sollicitent dès aujourd’hui ! Je tiens à dire ici que le travail mené en partenariat avec la Chambre a porté ses fruits et que, sur différents dossiers, on a pu mesurer l’intérêt d’une vraie complémentarité !
Un dossier encore un peu compliqué et sur lequel j’inviterai encore lors d’une prochaine session la chambre à mettre les bouchées doubles, car le temps presse, c’est le dossier de l’eau, de la ressource et de l’intérêt économique de sa maîtrise et de son utilisation !
Quant à l’avenir proche !! Je peux t’affirmer que nous engagerons notre organisation seule, ou avec ceux qui porteront le message d’une agriculture dynamique, compétitive, rémunératrice capable de préserver l’emploi et de contribuer à la bonne gestion et à la préservation des ressources naturelles ! A ceux qui feront de la diversité des structures une véritable force de développement !!!!
Coté interpro : Vous savez combien, par le passé, j’ai pu être critique sur la bonne utilisation des moyens interprofessionnels, afin de permettre à tout metteur en marché, y compris direct, d’être accompagné au mieux de ses besoins ! Aujourd’hui, j’apprécie le travail mené par le Président Jeanjean au sein du CIVL (et de son équipe), ils ont su redonner à cette institution un vrai cap, et ce, sans parti pris !
D’après mes informations, les détails internes et la gestion des contentieux sont en passe d’être soldés.
La réflexion visant à amener plus de notoriété et de clarté dans l’affichage et la valorisation de nos AOP retient favorablement mon attention !
Le GPS est un outil enfin intelligent et qui tord le cou à la politique stupide et suicidaire des quotas prônés par certains !
Enfin, je souhaiterais que la réflexion sur la contractualisation, telle qu’inscrite dans la LMA, soit amendée pour le produit vin ! Car il n’y a pas, à ce jour, et dans cette région d’exemples frappant de structure ayant réussi une valorisation par contractualisation, parfois même, elles ont été très défaillantes durant la période que nous venons de vivre !
Pour moi, contractualisation = volontariat et valorisation !!!
Enfin, je te répondrais Serge, là aussi, que nous cautionnerons ceux qui seront capables dans un avenir très proche de mettre en place un plan stratégique d’offensive vers les pays aux nouveaux débouchés !
Je le dis ici très calmement, mais aussi très fermement, les « égos », les intérêts personnels, doivent enfin laisser place à la réussite totale de notre région et de l’ensemble de ses entreprises.
Avant de conclure, je souhaite aborder un sujet d’actualité, la LGV : Je salue messieurs Armangau et Vincent : Madame le Préfet, Monsieur le Président, on a eu l’occasion avec vous d’aborder ce sujet, et je tiens à repréciser ici le fond de ma pensée.
Voir arriver dans ce département, sur nos terres, une infrastructure moderne, supplémentaire, est le signe pour celui-ci d’être résolument tourné vers le 21ème siècle ! Et cela n’est pas de nature à nous déranger !
Mais, il convient que nous ayons, les uns et les autres, conscience de tous les enjeux : Enjeu de nature économique certes, mais un tel projet doit en tout premier lieu tenir compte des différents impacts qu’il va immanquablement avoir sur les différents aspects territoriaux :
-L’environnement
-La valorisation du patrimoine
-Le bien être des populations autochtones
Enfin, et surtout, la qualité d’attractivité de notre territoire.
Il conviendra donc de ne pas s’arrêter au seul coût de la réalisation du projet pour en orienter le tracé !!! Mais au contraire, d’en mesurer les conséquences à terme, tant sur l’économie que sur la dépréciation des biens immobiliers ou patrimoniaux !
Vous devrez Madame, Monsieur, et pourrez compter sur nous pour appuyer non pas le tracé « idéal », mais le meilleur tracé, quel qu’en soit son coût initial, afin qu’il offre à l’Aude, à nos entreprises, une voie supplémentaire de pénétration de son territoire, mais cela sans en impacter sa valeur et sa préservation !!
En conclusion : Vous le voyez, ces enjeux communautaires, départementaux, sont tous très importants et ne doivent pas apparaître comme subis ou trop en décalage avec vos choix.
C’est de notre responsabilité de faire s’engager des politiques publiques vers nos objectifs, alors il faudra du temps, des convictions et du courage !
L’avenir économique de nos entreprises, de ce département, dépendra de la capacité que nous aurons à y mettre en phase aspect territoriaux et enjeux de société. Il dépendra aussi de notre capacité à utiliser cette phase de respiration afin d’opérer les bons choix et d’insuffler une dynamique nouvelle.
C’est un avenir de complémentarité qu’il faut construire, un avenir d’ouverture aux nouveaux marchés, un avenir de reconnaissance et de notoriété : La réussite sera à ce prix !
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