DECES DU GENERAL MARCEL BIGEARD. "Je dédie ce billet au 3ème RPIMA qu'il a commandé et mené sur les chemins de l'honneur"
Par Isabelle Chesa, samedi 19 juin 2010 à 16:30 :: Blog actualités :: #530 :: rss
En ce jour de commémoration du 70e anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940, le général Bigeard nous a quittés.
Cette disparition jette sur ce jour anniversaire un voile de tristesse. Sa disparition ajoute à cette journée où la France célèbre les valeurs de la Résistance, du courage, du refus de l’abnégation, celle du combat pour la Nation.
Militaire parmi les militaires, la vie du général Bigeard est celui d’un combattant d’exception. De la bataille de Trimbach, aux combats aux côtés des FFI, de la bataille de Dien-Bien-Phu à ses responsabilités politiques, il nous livre le témoignage d’une seule passion : la France.
Le général Bigeard nous laisse une légende, il nous laisse sa devise « croire et durer ». Ces valeurs s’ajoutent à notre mémoire, elles viennent enrichir la mémoire collective.
Le général Bigeard s’est éteint hier, à l’âge de 94 ans, à Toul. Le vieux soldat luttait contre la maladie depuis plusieurs mois. Il quitte la scène un 18 juin, date symbole de la Résistance et d’une certaine idée de la France.
Il aurait sans doute voulu qu’on garde de lui l’image du soldat en tenue de para
Pas celle du vieillard menant son dernier combat qu’il savait perdu d’avance. Marcel Bigeard, 94 ans, s’est éteint, hier matin, dans sa maison de la rue François-Badot de Toul, où un canon ramené de Madagascar planté dans le jardin à côté des rosiers, accueille le visiteur. Il était entouré de sa chère Gaby, la compagne de toujours, son seul amour et de leur fille Marie- France. Lui qui a frôlé si souvent la mort et aurait voulu « crever debout » a finalement rendu les armes paisiblement. Il repose dans sa maison veillé par deux paras au garde à vous.
Ses cendres sur Dien Bien Phu
Et jusqu’à ses derniers instants, il a conservé intacte sa lucidité, « J’suis un vestige » disait celui qui « regardait la mort dans les yeux.
La garce, elle les baisse pas ! Mais un jour, tout s’arrête, il faut déposer les armes ». Ce jour là, il avait aussi confié qu’il ne pensait pas que « ce serait si dur, la vieillesse. ». Gaby, attentive, le maternait un peu, et le regardait avec les yeux qu’elle avait eus pour lui, il y a 75 ans. Ce qui le faisait encore tenir, c’était le travail qu’il lui restait à faire. Les livres à écrire, les piles de courriers auxquels il fallait répondre.
Héros de la Résistance, puis des guerres coloniales, son nom reste attaché à la bataille de Dien Bien Phu qui sonna le glas de la présence française en Indochine.
Commandant du 6ème bataillon de parachutistes coloniaux, le lieutenant-colonel Bigeard avait été parachuté deux fois sur Dien Bien Phu, encerclé par le Viet-Minh, où il avait résisté jusqu'à la chute du camp retranché, le 7 mai 1954. Fils d'un aiguilleur des chemins de fer né à Toul (Meurthe-et-Moselle), il est employé de banque quand il est rappelé comme caporal-chef en 1939 sur la ligne Maginot.
Il s'engage dans les corps francs durant la "Drôle de guerre". Blessé, cité, il est fait prisonnier en juin 1940. A sa seconde tentative, il s'évade de son stalag et rejoint l'infanterie coloniale au Sénégal.
Parachuté dans l'Ariège en juillet 1944, il en coiffe les maquis et libère Foix, puis participe à tous les combats pour la Libération. Prisonnier six mois du Viet-Minh après Dien Bien Phu, dans de dures conditions, il rentre en France en 1955.
Lors du conflit algérien, deux fois grièvement blessé, "Bruno" - son indicatif radio sur le terrain -, commande le 3ème régiment de parachutistes coloniaux.
Sous les ordres du général Massu, il participe à la bataille d'Alger en 1957, à un "travail de flics", comme il l'écrit, où "nos méthodes s'avèrent aussi efficaces en ville que dans le bled". Le recours à la torture est dénoncé par les opposants à la "sale guerre".
Commandant d'un centre d'entraînement à la guerre subversive à Philippeville, il ne sera pas mêlé aux événements d'Alger. Muté en France, il revient à Saïda et, pour s'être montré compréhensif à l'égard des "insurgés " des barricades en janvier 1960, il est rappelé en métropole.
Exilé à Bouar (République Centrafricaine) en 1961, Marcel Bigeard se prononce contre le putsch des généraux à Alger. Promu général de corps d'armée en décembre 1973, il commande la 4ème région militaire de Bordeaux lorsque Valéry Giscard d'Estaing le nomme, en janvier 1975, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Défense.
Mais il démissionne six mois plus tard, après des propos virulents sur le malaise de l'armée et l'insuffisance de son budget. Député de Meurthe-et-Moselle (1978-1988), Bigeard préside la commission de la Défense de l'Assemblée (1978-1981).
Adversaire résolu des socialistes - "s'ils sont la rose, je suis leur épine" - Bigeard se qualifiait fin des années 80 de "vieux con glorieux".
Il laisse une quinzaine d'ouvrages, dont "Pour une parcelle de gloire", "Ma guerre d'Algérie". Cet homme de fidélité avait souhaité la dispersion de ses cendres sur Dien Bien Phu afin de "rejoindre ses camarades tombés au combat".
Au cours de l'été 1994, le vieux baroudeur était revenu pour la première fois sur le site de la terrible bataille. La voix brisée par l'émotion, il avait murmuré: "A bientôt".

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