UN ANCIEN MAGISTRAT AU SUJET DE L’AFFAIRE FILLON

Magistrat honoraire, président de l’Institut de la parole, Philippe Bilger a été plus de vingt ans avocat général à la Cour d’Assises de Paris. Auteur de très nombreux ouvrages, il tient le blog Justice au singulier et vient de publier » La parole, rien qu’elle » (éd. Le Cerf, 2017).

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Depuis ses remarquables prestations politiques et médiatiques pour la primaire de la droite et du centre, François Fillon avait en quelque sorte disparu.

Comme si l’éclat de sa victoire l’avait presque déstabilisé à cause des immenses responsabilités qu’elle faisait peser sur lui.

Puis il y a eu l’article sur les prétendus emplois fictifs de son épouse Pénélope dans le Canard enchaîné du 25 janvier. Cet hebdomadaire, dont on aimerait qu’il s’attachât avec tant d’obstination et de malignité à d’autres responsables politiques de haut niveau, n’a jamais cessé de s’en prendre à François Fillon et ce depuis longtemps. Mediapart s’est associé à cette entreprise qui ressemblait plus à de la démolition qu’à de l’investigation.

Il y a eu, cette campagne lancée contre lui, un flot inouï d’attaques, d’insinuations, d’absurdités, de partialités et de trahisons qui avaient tous pour objectifs de présumer François Fillon coupable, de désespérer la droite qui avait enfin trouvé un candidat à la fois intègre, courageux et digne et de laisser croire à certains ambitieux qu’ils avaient leurs chances à sa place. Il faudra retenir leur nom si la campagne présidentielle confirme le prélude de la primaire.

Comment n’y aurait-il pas eu de la part de François Fillon plus qu’un flottement, comme un bouleversement, des variations, des tentatives presque désespérées pour faire admettre sa bonne foi et l’ignoble du procès médiatique intenté à la famille Fillon?

Qui aurait pu résister à ce terrifiant cumul d’une autorité judiciaire se saisissant dans l’urgence après un simple article, de quelques médias acharnés à sa perte, de la honte et de l’indignité déversées sur un couple et ses enfants, du lynchage voluptueux d’une personnalité à laquelle il fallait faire payer le fait qu’elle avait eu le droit de donner des leçons de morale, de prétendus soutiens se plaisant à distiller le doute et le soupçon à son encontre, d’un pouvoir qui à l’évidence n’était pas resté indifférent à ce qui se déroulait et qui aurait pu aboutir à rien de moins qu’à l’élimination du candidat de la droite honorable et heureusement radicale du second tour de l’élection présidentielle? Qui aurait pu affronter sans faiblesse ni approximations ce maelstrom de quelques jours?

D’autant plus que le moins qu’on puisse dire est que la cellule de communication auprès de François Fillon a connu des ratés qu’un amateur aurait su prévenir, notamment dans la distinction trop lentement appréhendée entre le légal et le décent, au cœur de l’affaire Fillon.

François Fillon a eu le courage de l’avouer lors de la conférence de presse qui a marqué son retour. Il a été assommé, il a pris un coup dans l’estomac et a perdu un temps sa réactivité et sa lucidité. Encore troublé, ému, affecté, mais sa maîtrise recouvrée, il a offert non seulement une défense mais une justification de qualité. Non seulement il n’a transgressé aucune loi mais il a toujours favorisé, par son action politique, l’élévation de la morale publique.

Lors de cette rencontre avec les journalistes qui n’a duré que 45 minutes, il a été si convaincant, si clair, si net, si vigoureux dans certaines de ses répliques, si lucide dans l’analyse politique de cette machine de guerre lancée contre lui, son programme et donc le peuple de droite auquel on prétendait voler son enthousiasme d’avoir enfin une personnalité à soutenir par adhésion et non plus par défaut que les professionnels du questionnement sont vite demeurés cois.

Rien sur La Revue des Deux Mondes, des interrogations répétées sur un éventuel remboursement. S’ils n’ont pas été à la hauteur, cela tenait d’abord au fait qu’une baudruche enflée jusqu’à la démesure avait éclaté et surtout à ce constat qu’ayant enfin décidé de s’expliquer et de tout dire, François Fillon avait réduit à néant tout un dispositif qui se plaisait, sans véritable contradiction, à l’accabler alors que l’honnêteté, la sincérité et peut-être une certaine maladresse étaient de l’autre côté.

Pour ma part, j’ai apprécié que François Fillon ait maintenu sa phrase sur la mise en examen, qu’un remboursement serait injuste pour ses proches et qu’en définitive il soit parvenu à faire réapparaître celui qu’il avait été lors de la primaire.

Je ne me fais aucune illusion. On ne le laissera quitte de rien. Les officines du pouvoir et les médias ne désirant l’impartialité que pour leurs amis continueront à le harceler.

Mais quelque chose a changé.

Enfin il a compris. Il ne s’agissait pas seulement de Français troublés mais de bien plus. Il a présenté ses regrets, des excuses. Il l’a affirmé avec force: ce qui est légal peut être perçu comme peu moral.

Il a vigoureusement posé les termes du débat et de l’affrontement. D’un côté le tribunal médiatique – il a affirmé sa confiance pour l’issue judiciaire -, de l’autre le peuple français.

François Fillon de retour n’a été animé par rien d’autre que le souci de rendre à une part importante de celui-ci une victoire qu’on croyait déjà lui avoir volée.