" LA MORALE A L’ECOLE…: VASTE SUJET !"

(dessin de Plantu, pour le « Haffington Post »)

Vincent Peillon veut réintroduire la morale à l’école, tout comme Luc Chatel, précédent ministre de l’Education Nationale avait voulu le faire. Il faut donc en conclure que jusqu’à présent, rien n’avait été fait.


Si ce projet est en soit louable, encore faut-il se mettre d’accord sur le sens que l’on donne à ce mot qui englobe bien des choses et qui ferait un excellent sujet de philosophie.

Si l’on s’en tient à la définition du Larousse, la morale ,au sens premier , est un ensemble de règles d’action et de valeurs qui fonctionnent comme normes dans une société.

Il n’y a donc pas une morale, mais des morales selon les actions et les valeurs qui deviendront les normes définies pour une société donnée.

Et c’est le point de départ où tout se complique.

Qui va définir le contenu des cours de morale dispensées aux élèves? Le ministre, les enseignants? On nous dit que ce sera une morale laïque, ce qui semble exclure toute référence religieuse ; on échappera donc à une morale catholique ou musulmane, les deux religions dominantes dans ce pays, et c’est une bonne chose. Mais alors, si je veux être un peu provocatrice, Les Dix Commandements ( Tu ne tueras point, Tu ne voleras point, etc..) seront exclus d’un enseignement qui veut mettre l’accent sur la différence entre le Bien et le Mal?


Qu’est-ce qui est bien et qu’est-ce qui est mal, et surtout qui aura la toute puissance de définir ce que l’on doit respecter, ce que l’on ne doit pas outre-passer, ce que doit être la norme pour notre société?

Pour reprendre quelques phrases du ministre Peillon qui illustrait ce qu’il concevait dans sa définition de la morale, il pense que l’on doit apprendre la Marseillaise à l’école, mais qu’il serait exclu de saluer le drapeau français , comme les petits Américains qui le font dans leurs classes.


S’agit-il de morale ou de patriotisme? De même il ne veut pas que les élèves se lèvent lorsque le prof entre en classe: morale ou élémentaire politesse due en signe de respect pour l’enseignant et la fonction?


La société est évolutive, ce qui était morale d’hier ne l’est plus aujourd’hui : il n’y a pas si longtemps, l’adultère était immoral et condamné pénalement, ,aujourd’hui il est partie intégrante des moeurs qui ont évolué. On peut en penser ce que l’on veut, ce n’est plus une question de morale, seulement un fait dans un parcours de vie.

On pourrait multiplier à l’infini des exemples qui poseraient toujours la même question; est-ce moral et faut-il l’enseigner? Autre question: qui peut nous garantir qu’il n’y aura pas une morale de gauche et une morale de droite, une dominante et une minoritaire selon les alternances politiques?

Se faire élire sur des promesses non tenues ensuite, comme c’est le cas depuis mai dernier, mentir en toute connaissance de cause pour atteindre son but, est-ce moral? Faut-il absoudre les tromperies et apprendre à nos enfants que la fin justifie les moyens? Est-ce moral?

Je pose beaucoup de questions, je ne donne aucune réponse, car je n’ai pas à me poser en donneuse de leçons de morale ; je pense que l’enseignement du bien et du mal est en premier lieu de la responsabilité des parents.

Les profs ont pour mission d’enseigner le savoir, les connaissances. Ont-ils celle de prodiguer la morale? Personnellement, je ne le pense pas, et c’est pourquoi je crains qu’une démarche à priori louable, devienne vite un sujet de grande discorde.