SOIXANTE DOUZIEME ANNIVERSAIRE DE L’APPEL DU 18 JUIN

Il y a 72 ans aujourd’hui, un jeune général de l’armée française dont le nom allait s’inscrire dans les pages glorieuses de notre histoire lançait depuis Londres un formidable message d’espoir au peuple français.


Chacun doit se rappeler le contexte.


Lorsque, le 17 juin 1940, le gouvernement de Pétain demande l’armistice à l’Allemagne, la France s’apprête à vivre une des périodes les plus noires de son histoire.


Le 18 juin 1940, la France, qui était à l’époque l’une des plus grandes puissances mondiales, le principal vainqueur de la Grande Guerre, se trouvait anéantie.

L’armée allemande, qui occupait déjà Paris depuis quatre jours, avait atteint la Bretagne et fonçait vers le Sud, sans rencontrer beaucoup de résistance. Des villes sans défenses étaient bombardées, des millions de civils en exode erraient sur les routes, sans espoir.


Cela fait aujourd’hui 72 ans que le général de Gaulle lançait l’Appel du 18 juin aux forces de la résistance, depuis un micro de la BBC à Londres.


C’est en effet le 18 juin 1940, sur les ondes, que la voix d’un homme s’élève pour lancer un appel historique au peuple français.

« Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ?… Non ! ».


C’est par ces mots pleins d’espoirs que le général de Gaulle exhorta les Français à veiller à ce que ne s’éteigne pas la flamme de la Résistance.


Le 18 juin, c’est d’abord un acte de refus et de rébellion.

Refus notamment de considérer la guerre en France comme achevée par « l’étrange défaite » pour reprendre l’expression du grand historien Marc Bloch. Pour ce général, alors sous-secrétaire d’Etat du gouvernement de Paul Reynaud, la guerre ne pouvait s’achever sur l’effondrement de la France. Il fallait continuer le combat avec notre alliée, l’Angleterre, qui seule tenait bon face à l’écrasante machine de guerre allemande.

Dans son Appel, qui courait sur les ondes mais que bien peu ont entendu, Charles de Gaulle évoque la force militaire allemande. Il rappelle la puissance de la tactique allemande et son effet de surprise. Il disait aussi « les même moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire ».


Il est difficile pour nous aujourd’hui de saisir ce que de tels mots avaient alors d’incroyable : alors que l’adversaire était triomphant, cet appel prophétisait l’élargissement de la guerre à l’échelle de la planète.

Cet appel proclamait sa foi en la victoire finale, alors que l’on ne disposait d’aucune force.

Il demandait, pour sauver un pays défait et rétablir la République, de s’affranchir de toutes les règles, de toutes les disciplines et de tous les usages ; de choisir l’arrachement, l’exil, l’incompréhension, la méfiance ; de s’élever au dessus des lois pour obéir à celles non écrites de la conscience.


Le 18 juin est un acte fondateur non seulement dans l’histoire de la France mais aussi dans l’idée qu’un homme peut se faire de son devoir.


« RIEN D’AUDACIEUX N’EXISTE SANS LA DESOBEISSANCE » a joliment écrit Jean Cocteau.


Le 18 juin 1940, le général de Gaulle a su faire preuve de ce discernement si rare qui caractérise ceux qui ont une vision de l’Histoire.

Il aura aussi fallu le courage des combattants de la France Libre, de la Résistance et des troupes de l’Empire qui ont constitué la nouvelle armée française.


Ce fut grâce à ces hommes, ces femmes, ces villes et ces forces que commença, en France et hors de France, dans les maquis, dans les prisons, dans les sables d’Afrique ou du Moyen-Orient, la « grande lutte des ténèbres » qu’a célébrée André Malraux.

« Dans l’impossibilité de me rendre, pour des raisons profesionnelle, à la cérémonie officielle d’hommage qui a lieu ce matin au monument aux morts et au portail des jacobins, je fais déposer en mon nom, une gerbe au pied de la stèle du général »