" AVEC FROIDEUR ET LUCIDITE"

Les faits sont là, incontestables puisqu’ils sont l’expression du vote des Français.

-Il est incontestable que les sondages se sont plantés: ils nous annonçaient 30% d’abstention, mais les électeurs se sont massivement mobilisés, et l’abstention se situe à 19.6%, soit une erreur de plus de 10 points.

– Il est incontestable qu’ils se sont trompés sur l’estimation des intentions de vote pour le FN ; ils annonçaient 14 à 16%, le résultat se situe aux alentours de 18%.

– Il est incontestable qu’ils se sont trompés sur l’estimation Front de Gauche : Mélenchon apparaissait comme le troisième homme de cette élection avec des intentions de votes entre 15 et 16%, il réalise un petit 11% et termine quatrième de la course

-Il est incontestable qu’ils se sont trompés pour Bayrou, crédité de 10 à 11%, pour un résultat de 9%

Tout au long de la soirée électorale sur les diverses chaînes de télévision, j’ai entendu les sondeurs dire le contraire, en mettant en avant qu’ils avaient bien vu l’ordre d’arrivée des deux premiers, tout en oubliant de rappeler qu’ils donnaient dans leurs dernières moutures 4 points d’écart en faveur de Hollande au premier tour, écart qui n’est en réalité que de 1.5%( 28.6% contre 27.1%).

L’outrecuidance (confiance excessive en soi-même selon la définition du Larousse) étant une des qualités de ces messieurs, les voici aussitôt repartis pour nous donner le résultat du second tour, Hollande vainqueur avec 56% des voix.. Incorrigibles sondeurs !!

Dans un de mes récents billets, je fustigeais les sondeurs qui anticipaient et préemptaient le vote des français ; j’ avais , je crois ,bien raison.

Le second tour s’annonce difficile pour Nicolas Sarkozy. Plusieurs raisons à cela:

Le vote sanction et contestataire, qu’il soit de gauche avec le Front de Gauche, LO et NPA, ou de droite avec Marine Le Pen est bien réel: quasiment 29%, soit plus que les scores recueillis par Hollande ou Sarkozy.

Ces votes cumulés, n’ayant aucun rapport entre eux, aucune convergence ou concordance, sont des votes de défi, et arrivent en tête.


En y ajoutant le vote écologiste ( 2.1%), c’est presque un tiers du corps électoral qui sanctionne à la fois la présidence de Sarkozy et les propositions du candidat Hollande : Révélateur!! La France gronde et se rebelle, encore un fait passé sous silence par les sondeurs, qui n’avaient rien vu venir……..

Je souhaite maintenant faire un distinguo entre les prises de positions officielles des candidats battus et ce que feront les électeurs.

Nul n’est propriétaire des votes recueillis, et les consignes données seront ou ne seront pas suivies.

La gauche et l’extrême gauche, Bayrou et Marine sont dans des stratégies différentes, pour le second tour, voire pour le troisième qui pourra se jouer au moment des législatives ou ……..dans la rue.

On les appelle les « faiseurs de rois », ils seront courtisés, il y aura marchandages en coulisses bien qu’ils s’en défendent, mais il est à peu près certain qu’aucun de ceux que j’ai cité ne fera un pas vers Sarkozy.

De la gauche la plus large, c’est l’évidence même, de Le Pen c’est quasi certain, elle qui se voit comme la future leader de l’opposition et de Bayrou, avec ses petits 9%, ça ne pèsera pas lourd.

Il ne faut donc rien attendre des partis, qui ont matraqué sans relâche durant cinq ans le Président sortant.

Restent les électeurs. Que feront-ils, face à un choix entre deux politiques radicalement opposés, deux personnalités si différentes, deux conceptions de sociétés, deux idéologies gauche-droite? Nul ne le sait. L’addition des voix, l’addition des forces, ne font pas un second tour.


Durant les 15 jours à venir, les deux finalistes vont dérouler leurs programmes, et avec le débat prévu le 2 mai, la confrontation tant attendue par nous, gens de droite, aura enfin lieu.

Je me garderai bien de dire qu’il y aura un vainqueur et un vaincu dans ce débat, puisque c’est couru d’avance, chaque camp revendiquera avoir enterré l’autre. Mais au moins chaque électeur qui écoutera l’un et l’autre pourra se faire une idée de ce que sera notre pays après le 6 mai.

Il faudra donc beaucoup d’arguments chocs et beaucoup de persuasion de la part de Sarkozy pour retourner une situation qui est, avouons le, franchement défavorable au soir de ce premier tour.

Mais l’élection n’en est pas pour autant jouée d’avance. C’est un point sur lequel toute personne de bonne foi peut adhérer, d’ailleurs Hollande, ne s’y trompe pas, et malgré toute la peine qu’il a eu à cacher son « triomphe » d’hier, il ne cesse de répéter que rien n’est joué.

Un mot pour terminer sur les résultats audois. Le FN réalise d’excellent scores un peu partout, et termine second sur le département.

Est-ce vraiment une surprise? Au vu des précédents scrutins, non. Il conforte et accentue sa progression sur un terrain abandonné par l’UMP. Il ne progresse pas par la qualité de sa campagne puisqu’il fût quasiment silencieux ; il engrange, sans rien faire, les votes de mécontentement. Les « campagnes » (villages et bourgs) plébiscitent Marine, Narbonne et Carcassonne suivent le pas.

Ce ne peut être, non plus, une surprise, au vue de la « non campagne » mise en œuvre au plan départemental par les leaders de l’UMP, préoccupés qu’ils sont soit par les futures législatives, soit par la plus lointaine municipale Carcassonnaise.

Le résultat est là ; Sarko en trois derrière Marine Le Pen. C’est une triste première pour la droite Audoise traditionnelle : On perd 5 points par rapport au premier tour 2007, le FN en gagne 10 et le comble c’est que le PS stagne.

J’ai souvent dénoncé dans ces colonnes la « tiédeur », et je suis gentille ! , des dirigeants départementaux.


Je les invite à moins penser à eux, mais plutôt à penser aux électeurs qui les ont quitté, aux militants et aux électeurs qui malgré tout espère, et aux jeunes qui sur les trois circonscriptions se sont échinés dans une quasi indifférence à suppléer l’absence de leurs ainés ;

Je les invite aussi à bien réfléchir à leur stratégie, afin de préparer au mieux le deuxième tour, et à se garder de fustiger les uns ou courtiser les autres ;

Comprendront-ils un jour qu’avoir sa photo dans la presse et publier des argumentaires tout faits, ou rédiger des communiqués d’une inutile naïveté, ne remplaceront jamais le travail de terrain et le contact avec le plus grand nombre d’électeurs.

L’électeur n’est pas au service des politiques, c’est nous qui devons le servir.

Ces résultats me donnent la réponse : non, ils n’ont rien compris !!